Trois mots à ne pas confondre

Beaucoup de frontaliers mélangent trois termes qui n'ont pas le même sens. On les remet à plat tout de suite, parce que c'est la source de la plupart des erreurs.

  • Impôt à la source. Votre régime par défaut. L'employeur retient l'impôt chaque mois selon un barème (A, B, C, H), sans que vous remplissiez de déclaration.
  • DRIS. La demande de rectification de l'impôt à la source. Elle corrige une erreur dans ce prélèvement, sans changer de régime.
  • TOU. La taxation ordinaire ultérieure. Elle remplace l'imposition à la source par une vraie déclaration, comme pour un résident. Pour un frontalier, elle s'obtient via le statut de quasi-résident.

Autrement dit, "quasi-résident" et "TOU" désignent les deux faces de la même chose : le quasi-résident est le statut, la TOU est la procédure qui en découle. Le vrai arbitrage se joue donc entre DRIS et TOU.

La DRIS, pour corriger une erreur

La DRIS sert à réparer. Votre employeur a appliqué un barème de célibataire alors que vous êtes marié. Une naissance n'a pas été prise en compte. Le taux de prélèvement ne correspond pas à votre situation réelle. Dans ces cas, la rectification ramène l'impôt source au bon niveau et déclenche un remboursement.

Ce qu'il faut retenir depuis la réforme du 1er janvier 2021 : la DRIS ne permet plus de faire valoir des déductions supplémentaires. Le 3e pilier 3a, les rachats LPP, les frais de garde, les frais professionnels réels ne passent plus par elle. Pour ces postes, il faut basculer en TOU. La DRIS reste donc cantonnée à la correction de barème et de calcul.

Son avantage, c'est la simplicité. Pas de seuil de 90 % à respecter, pas d'obligation de déclarer les revenus mondiaux du foyer, pas d'engagement irréversible. Notre guide DRIS détaille la marche à suivre, formulaire et justificatifs.

La TOU, pour aller chercher les déductions

La TOU change de logique. Vous ne corrigez plus une retenue, vous établissez une déclaration complète et l'impôt est recalculé sur cette base, exactement comme pour un résident genevois. C'est ce qui ouvre la porte aux déductions qui font la différence.

  • 3e pilier 3a jusqu'à 7 258 CHF en 2026 pour un salarié affilié à une caisse de pension.
  • Rachats d'années LPP, intégralement déductibles l'année du versement.
  • Frais professionnels réels (transport, repas, parking) au-delà du forfait.
  • Intérêts d'emprunt et primes d'assurance maladie excédant le forfait.

La contrepartie est triple. D'abord la condition d'accès : vos revenus suisses doivent représenter au moins 90 % des revenus bruts du foyer, conjoint compris. Ensuite l'obligation de transparence : vous déclarez l'ensemble des revenus mondiaux du foyer, ce qui sert à fixer le taux. Enfin l'irréversibilité : une fois la TOU demandée pour une année, elle s'applique, même si le résultat est moins bon que prévu. D'où l'importance de simuler avant de déposer.

Le risque du conjoint qui gagne en France

La TOU peut se retourner contre vous

Si votre conjoint a un bon salaire en France, deux choses arrivent. Votre part suisse peut tomber sous 90 %, et le statut est refusé. Ou bien il passe, mais le revenu du couple fait grimper le taux applicable au point d'annuler le gain. Sur nos dossiers, environ un sur cinq est défavorable pour cette raison. C'est le cas type où il ne faut surtout pas déposer.

Le comparatif chiffré

Voici les deux mécanismes côte à côte, sur les critères qui décident vraiment.

CritèreDRIS (rectification)TOU (quasi-résident)
ObjectifCorriger un barème, un calculDéclarer comme un résident
Condition d'accèsAucune condition de revenu90 % de revenus suisses dans le foyer
3e pilier, rachats LPP, frais réelsNon (depuis 2021)Oui
Déclaration des revenus mondiauxNonOui, foyer entier
RéversibilitéSans engagementIrréversible pour l'année
Délai de dépôt31 mars de l'année suivante31 mars de l'année suivante
Gain typiqueLe trop-perçu du barème2 920 CHF médian, jusqu'à 3 000 à 4 000 CHF

Les deux partagent la même date limite, le 31 mars, et le même point de dépôt : l'administration fiscale cantonale, par les e-démarches ou en papier. Tout le reste les oppose.

Comment choisir en pratique

La décision tient en quelques questions, dans l'ordre.

  1. Votre barème est-il faux ? Mariage, enfant, divorce non répercutés. Si oui, la DRIS suffit pour récupérer le trop-perçu, sans rien de plus.
  2. Cotisez-vous au 3e pilier, faites-vous des rachats LPP ? Si oui, seule la TOU les rend déductibles. C'est souvent là que se trouve le vrai gain.
  3. Êtes-vous au-dessus de 90 % de revenus suisses dans le foyer ? Si non, la TOU est exclue, et vous restez sur la DRIS.
  4. Le couple est-il bi-actif avec un conjoint qui gagne bien en France ? Si oui, simulez impérativement : la TOU peut coûter plus qu'elle ne rapporte.

Le réflexe le plus rentable reste de chiffrer les deux scénarios avant de signer quoi que ce soit. Notre test quasi-résident calcule votre ratio en 90 secondes, et notre simulateur d'impôt source donne le montant prélevé selon votre barème. Pour le cas complet, notre audit gratuit compare DRIS et TOU chiffres en main. Et pour situer ce choix dans l'année, gardez l'oeil sur notre calendrier fiscal 2026.

FAQ, vos questions fréquentes

Quelle différence entre la DRIS et la TOU à Genève ?
La DRIS corrige une erreur de barème ou de calcul de l'impôt à la source, sans changer de régime. La TOU remplace l'imposition à la source par une déclaration complète, comme un résident, et ouvre droit à toutes les déductions : 3e pilier, rachats LPP, frais réels, intérêts d'emprunt. Depuis 2021, ces déductions ne passent plus que par la TOU.
Faut-il 90 % de revenus suisses pour faire une TOU ?
Oui pour le frontalier non-résident : la TOU en tant que quasi-résident exige que les revenus bruts du foyer soient à au moins 90 % de source suisse, conjoint compris. En dessous de ce seuil, le statut est refusé et seule la DRIS reste possible pour corriger un barème.
La TOU est-elle réversible ?
Non. Une fois la taxation ordinaire ultérieure demandée et acceptée pour une année, elle s'applique pour cette année-là et vous engage à déclarer l'ensemble des revenus du foyer. C'est pourquoi il faut simuler le résultat avant de déposer, surtout si votre conjoint a des revenus en France.
Quel est le gain moyen d'un passage en quasi-résident ?
Sur les dossiers que nous traitons, le gain médian tourne autour de 2 920 CHF par an, et grimpe à 3 000 à 4 000 CHF pour un célibataire qui cotise au plafond du 3e pilier. Mais environ un dossier sur cinq est défavorable : la TOU peut coûter plus cher qu'elle ne rapporte si le conjoint gagne bien en France.