1. Formalisme : oral vs écrit

En droit suisse, le contrat de travail peut être conclu oralement (art. 320 CO). En pratique, il est presque toujours écrit pour les CDI, mais l'écrit n'est pas une condition de validité.

En France, l'écrit est obligatoire pour CDD, intérim, temps partiel. Pour le CDI temps plein, l'écrit n'est pas obligatoire mais quasi-systématique.

2. Période d'essai : 3 mois max

Suisse : 1 mois par défaut, prolongeable jusqu'à 3 mois maximum par accord. Préavis pendant l'essai : 7 jours.

France : 2-4 mois selon catégorie (employé, technicien, cadre), renouvelable une fois (jusqu'à 8 mois pour les cadres). Préavis pendant l'essai : variable selon la durée déjà effectuée.

3. Préavis : court côté suisse

AnciennetéPréavis Suisse (art. 335c CO)Préavis France (cadre, sans CCT)
1ère année1 mois fin de mois3 mois
2-9 ans2 mois fin de mois3 mois
10+ ans3 mois fin de mois3 mois

En Suisse, le préavis court à partir du jour suivant la notification. En France, il court à partir de la première présentation de la lettre recommandée.

4. 13ème salaire : usage très courant

Suisse : le 13ème salaire n'est pas obligatoire légalement, mais c'est un usage très répandu (~ 80 % des entreprises). Il est généralement versé en novembre/décembre, et au prorata si vous quittez en cours d'année.

France : le 13ème mois n'est pas obligatoire, prévu dans certaines conventions collectives ou contrats individuels. Moins systématique qu'en Suisse.

À vérifier

Vérifiez la clause "perte si départ avant fin d'année"

Certains contrats suisses prévoient que vous perdez le 13ème si vous quittez avant le 31 décembre. Clause légale en Suisse, à négocier dès la signature si possible.

5. Vacances : minimum 4 semaines

Suisse : minimum légal de 4 semaines/an (art. 329a CO). 5 semaines pour les < 20 ans et > 50 ans avec 5+ ans d'ancienneté. La pratique entreprise va de 4 à 6 semaines selon les CCT.

France : 5 semaines obligatoires + RTT selon les conventions. En cumulé, environ 5,5-7 semaines de congés payés/an.

Avantage français net en jours de congés. Mais les Suisses ont un avantage sur les jours fériés cantonaux (Genève : 9-10 jours fériés/an + Jeûne genevois = ~ 11 jours).

6. Temps de travail : 40-45 h/semaine

Suisse : durée légale max 45 h/semaine (commerce, administration, etc.) ou 50 h/semaine (industrie, artisanat). En pratique, contrats à 40-42 h/semaine. Pas de RTT.

France : 35 h/semaine (durée légale), 39 h/semaine en pratique avec RTT. Maximum absolu 48 h/semaine sur 12 semaines consécutives.

Vous travaillerez en moyenne 5-7 heures de plus par semaine en Suisse vs France. Mais le salaire compense largement.

7. Heures supplémentaires : pas de majoration sauf CCT

Suisse : si vous dépassez la durée contractuelle (40-45 h), les heures supplémentaires donnent droit à une compensation en temps libre ou une majoration de 25 % (sauf clause contraire ou cadre dirigeant).

Pour les cadres supérieurs, les contrats prévoient souvent que les heures supplémentaires sont incluses dans le salaire (clause de "forfait").

France : majoration légale 25 % (8 premières) puis 50 %. Plafond annuel 220 h par défaut.

8. Maladie et arrêts maladie

Suisse : pas d'indemnité légale de la sécurité sociale. C'est l'employeur qui maintient le salaire selon l'échelle bernoise (art. 324a CO) : 3 semaines la 1ère année, jusqu'à 6 mois pour 20+ ans d'ancienneté. La plupart des employeurs souscrivent une assurance perte de gain (PGM) qui prolonge à 80 % pendant 730 jours.

France : Sécurité Sociale verse 50 % du salaire après 3 jours de carence, complétée par l'employeur (selon convention collective).

9. Clause de non-concurrence

Suisse : clauses de non-concurrence valides jusqu'à 3 ans, mais sans contrepartie financière obligatoire (art. 340a CO). À négocier si possible.

France : clause de non-concurrence soumise à conditions strictes (limitation temporelle/géographique/activité) ET contrepartie financière obligatoire (généralement 30-50 % du salaire pendant la durée).

Négocier la contrepartie

Demandez une indemnité même si pas obligatoire

En Suisse, vous pouvez (et devriez) négocier une contrepartie financière à la clause de non-concurrence. Pratique courante chez les cadres supérieurs (~ 25-50 % du salaire).

10. CDD : pas de prime de précarité

Suisse : pas de prime de précarité en fin de CDD (la France verse 10 % du salaire brut). Le CDD prend simplement fin à l'échéance, sans indemnité supplémentaire.

Le CDD suisse peut être renouvelé sans limite (à condition de ne pas être un "contrat en chaîne" abusif). Le CDD français est beaucoup plus encadré (durée max 18-24 mois, motifs limités).

FAQ, Vos questions fréquentes

Mon employeur suisse peut-il modifier unilatéralement mon contrat ?
Non, sauf clause de mobilité ou modulation horaire prévue. Toute modification substantielle (salaire, fonction, lieu) nécessite votre accord. Refus = l'employeur peut décider de licencier (résiliation-modification, art. 335 CO).
Suis-je obligé de signer un contrat écrit pour démarrer ?
Non, mais c'est fortement recommandé. Un contrat écrit protège les deux parties. Demandez systématiquement le contrat écrit avant de prendre votre poste, signé par les deux parties.
Le SMIC existe-t-il en Suisse ?
Pas au niveau fédéral. Mais 6 cantons ont voté un salaire minimum cantonal : Genève (24,90 CHF/h en 2026), Neuchâtel (21,40 CHF/h), Jura (21,40 CHF/h), Tessin (20 CHF/h), Bâle-Ville (22 CHF/h), Zurich (n/a). Pour Genève : ~ 4 320 CHF/mois minimum (40h/sem).
Je peux refuser un changement de lieu de travail ?
Oui, sauf clause de mobilité contractuelle. Si l'employeur impose un nouveau site (autre ville), c'est une modification substantielle qui nécessite votre accord. Refus = il devra vous licencier.